J’ai beaucoup de retard dans les posts que je voulais écrire…. Le 26 octobre, Dimitri m’a envoyé cet article qu’il a rédigé pour la revue Human & Terre

Dis, c’est quoi le papier recyclé ?
Ce journal est imprimé sur papier recyclé. Il paraît que c’est bien pour l’environnement. Mais vous avez aussi entendu dire par ailleurs que ça polluait autant que le papier "vierge". Comment y voir clair alors ?? Il suffisait de demander. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le papier recyclé sans jamais oser le demander

Le Saviez Vous: pour fabriquer une feuille de papier A4, il faut consommer autant d’énergie qu’une ampoule de 75W allumée pendant une heure (ou une ampoule économique de 10W allumée 8h): soit comment éclairer son bureau toute une journée avec une feuille de papier A4

Le papier, un enjeu forestier Avant de parler du recyclé, savons nous vraiment ce qu’est le papier ?? Le papier (sous toutes ses formes: papier A4, papier toilette, mouchoirs jetables,) mais aussi tous les produits cartonnés (des emballages jusqu’aux cartons de déménagement), sont constitués de fibres cellulosiques. Cette matière première, on la trouve dans les arbres des forêts. Sans arbres donc, pas de papier. Le papier blanc "vierge" (au sens non recyclé) est donc fabriqué à partir de bois. Mondialement, 42 % du bois exploité commercialement sert à fabriquer du papier. Un des enjeux lié à l’utilisation du papier est donc la gestion des forêts. Il existe deux types majeurs de forêts: les forêts vierges, dont l’écosystème est très riche et véritables réservoirs de la biodiversité de notre planète, et les forêts entrete nues, c’est à dire plantées et gérées pour une utilisation commerciale des ressources qui s’y trouvent. A l’heure actuelle, 17 % du bois utilisé pour la fabrication du papier provient des forêts vierges. Nous savons tous que certaines forêts sont décimées chaque année par des exploitations sauvages qui ne prennent en compte que l’intérêt économique de ces écosystèmes, au détriment de leur intérêt écologique. Ainsi, l’intérêt grandissant des consommateurs en terme de traçabilité et de garantie de bonnes pratiques, a donné naissance a des labels (FSC: Forest Stewardship Council, ou encore PEFC: Programme for the Endorsement of Forest Certification schemes), qui garantissent que le bois utilisé (tous produits confondus: papier, meubles) provient de forêts gérées durablement, c’est à dire avec des principes de respect de l’environnement, de bien être social, et d’équilibre économique. Ces logos apposés sur les produits que nous consommons nous garantissent donc une utilisation rationnelle de la ressource de départ: le bois. Car il existe à ce niveau là un véritable enjeu. En effet, la majeure partie de la demande de bois pour fabriquer le papier provient des marchés dAmérique du Nord, dEurope et du Japon. La population de ces trois marchés représente seulement un cinquième de la population mondiale, mais consomme néanmoins plus des deux tiers de la production mondiale de papier et de carton. Ces chiffres nous montrent tout l’intérêt du recyclage, car nous serions bien incapables de fournir demain le monde entier à partir de fibres vierges sans dire adieu à nos forêts. Le recyclage du papier part ainsi de la récupération des papiers déjà utilisés, qui sont ensuite broyés, pour à nouveau réaliser de la pâte à papier qui entrera dans le processus de fabrication de nouveau papier. Un des intérêt majeur du papier recyclé est donc le fait que l’on n’a pas à couper de nouveau arbres pour obtenir à nouveau du papier. Ce qui ne veut par dire non plus que nous n’aurions pas besoin d’arbre pour fabriquer du recyclé.
En effet, la fibre de bois, qui donne la structure des feuilles sur lesquelles nous écrivons par exemple est un matériau qui s’use comme tout autre chose. Lorsque le papier est récupéré et broyé, cette fibre se casse et ses propriétés donnent une moins bonne tenue au papier. On ne peut donc pas le recycler indéfiniment, et selon la littérature, on trouve que l’ on peut recycler entre 7 et 12 fois le papier avant que celui ci soit jugé de trop mauvaise qualité. On comprend alors qu’il est nécessaire d’incorporer de la fibre de bonne qualité pour pouvoir entretenir le circuit. Ainsi, selon l’APUR (lAssociation des Producteurs et des Utilisateurs de papiers et cartons Recyclés) un papier-carton recyclé est composé au minimum de 50 % de fibres de récupération. Un enjeu d’économie des ressources Mais la consommation de papier en général n’a pas pour seul enjeu les forêts. D’une part, il faut savoir que les papiers et cartons constituent les déchets les plus nombreux et les plus volumineux de nos poubelles, et la multiplication des emballages aussi beaux qu’inutiles ne peut que nous inciter à recycler ces objets à "usage unique". D’autre part, l’industrie papetière, au cours du process de fabrication a aussi d’autres impacts comme la consommation d’eau ou de ressources.

L’industrie papetière est ainsi l’une des cinq activités industrielles qui consomme le plus d’énergie au monde. Le processus de fabrication du papier recyclé consomme 2 fois moins d’énergie, et près de 6 fois moins d’eau.
Pour produire une tonne de papier il faut:
3.5T d’arbres, 16MWh et 60m3 d’eau

Pour une tonne de papier recyclé à 100% et non blanchi, il faut
0 arbres, 8MWh, 10m3 d’eau

Il est ainsi facile de s’apercevoir que le processus de recyclage est économe. Car le papier récupéré demande beaucoup moins d’énergie et d’eau qu’il n’en faut au bois pour redevenir de la pâte à papier Un hic cependant se glisse là dedans, car si le processus est moins gourmand en ressources, les papiers récupérés sont souvent imprimés. L’encre doit alors être séparée de la pâte, afin de retrouver un peu plus de blancheur. Voilà donc la raison de la couleur brune du papier recyclé. Et c’est sur cette étape du process de fabrication, qui produit les boues de désencrages que les détracteurs du papier recyclé montent au créneau, prétextant une pollution plus importante, même si aujourd’hui leur élimination est réglementée. La blancheur d’un papier recyclé La clarté dun papier recyclé est donc due dune part à la qualité du vieux papier utilisé pour sa fabrication, et dautre part aux procédés techniques utilisés lors de sa préparation. Des variations apparaissent par exemple dans le mélange de fibres (nombre détapes de désencrage) ou dans le type déclaircissants optiques utilisés. On distingue ainsi plusieurs types de papier recyclé type A4 en consommation de bureau:

– Les papiers 100% recyclés "couleur crème" Ce sont les papier recyclés de post-consommation (i.e: récupéré après utilisation par le consommateur), très écologique car ils sont soit : ni-désencré ou désencré avec des procédés doux, mais ne sont pas blanchi. C’est la première génération des papiers recyclés, mais qui ne convenait pas aux grandes administrations, principalement à cause de la couleur : jaunâtre ou grisâtre, et a cause de la texture poussiéreuse.
– Les papiers 100% recyclé "blanc naturel". Ce sont les nouveaux papiers recyclés qui répondent parfaitement aux exigences des bureaux et grandes administrations. Le blanchiment le plus écologique des vieux papiers se fait en général par l’usage de H2O2 (peroxyde d’hydrogène), d’oxygène ou d’ozone. Comme il s’agit d’un procédé non-agressif, il n’est pas possible de blanchir complètement les fibres, ce qui explique pourquoi le papier reste de couleur blanc cassé. L’emploi de peroxyde d’hydrogène, d’oxygène ou d’ozone est non-polluant et ne génère pas de nouveaux problèmes écologiques.
– Les papiers recyclé "blanc". Ces papiers sont quelquefois blanchis à l’aide de composés ou de dérivés chlorés, mais comme ce procédé pose des problèmes environnementaux, il a tendance à ne plus être employé par les usines. D’autre fois, la blancheur obtenue vient de la part plus importante de papiers récupérés pré-consommateur (c a d non encrés, ou très peu) dans le mélange des matières premières. Sinon, ce sont les produits chimiques comme le dioxyde de titane(TiO2 Ti), les ajouts d’agents bleuissant ou "d’azurants optiques" qui prennent le relais pour le blanchiment du papier.

Les filières d’utilisation du papier recyclé ?

Historiquement, le recyclage s’est amorcé pour fabriquer des cartons plats, ou encore de l’ondulé. En effet, ces deux catégories ne nécessitent pas de désencrage et mobilisent ainsi moins dinvestissements. Le taux dutilisation des Papiers et Cartons de Récupération (PCR) varie donc selon les filières d’utilisation. Sur l’année 2003, la production de papiers spéciaux et d’hygiène utilisait 35.5% de PCR, la fabrication d’emballages et conditionnements : 86.2 %. Concernant les papiers à usage graphiques (dont les feuilles A4) le taux d’incorporation de PCR est de 15,1 %, alors que la production de papier journal est aujourd’hui à un taux d’utilisation de PCR supérieur à 98 %. Le taux d’utilisation de PCR du papier journal est ainsi passé de 60% à plus de 95% entre 1998 et 2000. Laugmentation de lincorporation de PCR sexplique par la mise en place et la montée en puissance des capacités désencrage des journaux-magazines. En France, les techniques de désencrage alors disponibles ont été utilisés avec un certains retard, comparé à d’autres pays.

Les préjugés à combattre

En général, le papier recyclé est souvent accusé d’être le responsable du blocage des machines de bureau à cause d’un dégagement de poussières excessif. Cependant les techniques de fabrication des papiers recyclés ont énormément évolué ces cinq dernières années. En plus de lévolution des techniques de finition et de lissage du papier, lamélioration de la qualité des massicots a eu une influence importante sur la diminution des émissions de poussières, car une meilleure coupe du papier entraîne une production de poussières moindre. D’ailleurs, les tests des fabricants de papier comme ceux des fabricants de photocopieurs montrent que le papier recyclé ne consomme pas plus d’encre et ne produit pas plus de poussières que le papier blanc. Donc, aucune incidence n’est à redouter sur la consommation de cartouches d’encres et sur de supposés dommages aux machines.
De la même manière, la couleur crème du papier recyclé est souvent un frein à l’achat évoqué par les français qui ne veulent pas que l’on touche à la blancheur de leur papiers d’impression. D’autres pays, qui eux, ont quasiment systématisé l’emploi de papier recyclé dans les documents et courriers journaliers, vous diraient au contraire que la couleur crème fait fatigue moins le regard qu’une blancheur éclatante. L’Allemagne par exemple a été pionnière en la matière, puisqu’elle a très tôt promu l’utilisation du papier recyclé au sein de ses administrations. Les labels existant sur les papiers viennent ainsi du nord, et les plus connus sont "l’ange Bleu", "le nordic swan", ou encore l’écolabel. Plus récemment, en Suisse, c’est tout l’état de Genève qui a généralisé l’utilisation du papier recyclé. Devons nous alors penser que les yeux des Suisses ne supportent pas autant la blancheur que les nôtres, ou bien que les photocopieurs allemands n’ont pas les mêmes caractéristiques techniques que ceux vendus en France ? Il s’agit sans doute dans notre cas plus d’une réticence au changement et d’une volonté politique que d’arguments techniques fondés. Ce qui est dommageable, c’est que le prix d’un papier comme de tout autre produit est fonction de l’offre et de la demande. Le recyclé boudé en France reste donc plus cher que les papiers blancs de base, faute de volumesalors qu’en Allemagne toujours, son prix est plus que compétitif. Cela dit, récemment, une législation entrée en vigueur autorisera les instances publiques à inclure dans leurs appels d’offre des critères écologiques pour le choix de leur produits.

Le papier recyclé, matière première indispensable de nos bureaux aura peut être sa chance dans notre pays. Il ne nous reste donc qu’à attendre pour voir si nos représentants publics (et même privés) auront la sensibilité et sauront saisir cette opportunité.

Sources de l’article: – "Ecologie au travail", état de Genève: www.geneve.ch/ecologie – "Le recyclage des papiers cartons et le développement durable", REVIPAP, Groupement Français des Papetiers Utilisateurs de Papiers Recyclables – données COPACEL, confédération française de l’industrie des papiers, cartons et cellulose http://www.copacel.fr/

Mots clés:papier Recyclé, fournitures de bureau écologiques , au bureau